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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

Monsieur le Vice-président du Conseil départemental, Jean-François Raynal,

Madame la Conseillère départementale, chère Eolide Sornay,

Monsieur le Maire de Carrières-sous-Poissy, cher Christophe Delrieu 

Les association Koufra, RBFM Leclerc, Filles de la 2e DB, 51e HD Mémorial et Histoire et Passions,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,

Mesdames et Messieurs les représentants de la gendarmerie, de la police nationale et des autorités militaires,

Mesdames et Messieurs les représentants des pompiers, de la protection civile et de la Croix-rouge française,

Mesdames et Messieurs les représentants des cultes,

Mesdames et Messieurs,

Chères Pisciacaises, chers Pisciacais,

Quand les canons se taisent enfin en 1945. La guerre fait place à la désolation. L'Europe est dévastée. 50 millions de victimes manquent à l'appel, dont une forte majorité de civils : résistants, déportés, victimes de bombardements. Poissy, comme toutes les villes de France, se retrouve dans un pays anéanti. Il suffit d'entendre ces quelques vers de Louis Aragon : «J'écris dans ce pays que le sang défigure. Qui n'est plus qu'un monceau de douleurs et de plaies. Une halle à tous vents que la grêle inaugure. Une ruine où la mort s'exerce aux osselets». Après six années de lutte, la barbarie de l'idéologie nazie se dévoile au grand jour. La nazisme ne transige pas. Le monde doit être à son image. Quitte à détruire ceux qui ne conviennent pas.

Avec l'appel du 18 juin, le général de Gaulle devient une voix dans la nuit qui réconforte tous les Français malheureux de la capitulation. D'après le ministre André Malraux, il permit à l'espoir de tous les Français de ne pas s'évanouir. Je le cite : «“La France, n'est pas morte”. L'essentiel est là. Ainsi, de Gaulle révèle-t-il ce que beaucoup, à la fois, espèrent et n'osent espérer. “La France n'est pas morte”. Une idée toute simple, perceptible par tous. Le 18 juin, il s'agit de rendre confiance. Il répète trois fois : “La France n'est pas seule”. Il prophétise la victoire, mais ce qu'il veut, dès le 18 juin, c'est d'abord délivrer la France de son propre abandon.»

Dans le cœur des résistants, au printemps 44, la nouvelle d'un débarquement prochain redonne de l'espoir. Dans la nuit du 5 au 6 juin, à l'écoute de quelques vers, les résistants sortent de l'ombre. «Les sanglots longs des violons de l'automne, blessent mon cœur d'une langueur monotone». A ces mots, par milliers, les résistants partent attaquer, saboter les voies ferrées et le téléphone. Les actions guérillas des résistants permettent de prendre par surprise les Allemands. A 5h30, le déluge de feu s'abat sur les plages de Normandie. Les premières troupes embarquent dans les péniches de transport. Le front s'étend sur 35 kilomètres. la tension, la peur et l'attente du combat final s'entremêlent dans les esprits de ces 130 000 hommes. Britanniques, Américains, Canadiens ainsi que 177 soldats français du commando Kieffer, intégrés à la brigade du Lord Lovat.

A Bayeux, le général de Gaulle doit lancer un appel simple, celui de livrer le combat de notre liberté. Je le cite : «Je vous promets que nous continuerons la guerre jusqu'à ce que la souveraineté de chaque pouce de territoire français soit rétablie. Personne ne nous empêchera de la faire. Nous combattrons aux côtés des Alliés, avec les Alliés, comme un Allié. Et la victoire que nous remporterons sera la victoire de la liberté et la victoire de la France».

Au mois d'août 44, Poissy attend la délivrance de l'occupation. Mais cette attente va apporter son lot de souffrance. En pleine fuite, les troupes allemandes deviennent sans concession. Le 18 août 1944, vers 20 heures, un drame frappe la ville de Poissy. Dans sa fuite, un bombardier allemand lâche ses bombes sur la ville. Le bilan parle de lui-même : trois adultes et huit enfants perdent la vie. Et on compte une dizaine de blessés. La tension monte chaque jour qui passe.

Le 20 août, au moment où les Pisciacais se recueillent devant les corps de victimes du bombardement du 18 exposés dans le hall de la mairie. Un autre drame se joue à quelques rues. Des coups de feu sont tirés sur trois Allemands. L'un d'eux succombe à ses blessures. Dès le soir même, par crieur public et affichage, l'Ober-Lieutenant commandant la section de Feldgendaremerie fait savoir que si des faits similaires se reproduisent, il fusillera un dixième de la population civile. La tension atteint son paroxysme. La goutte d'eau peut faire basculer la ville dans la terreur. Elle ruissèlera dès le lendemain.

Au matin du 21 août, les 11 victimes du bombardement sont inhumées. Dans le même temps, les Allemands sont à la recherche des auteurs de l'attaque de la veille. Dans leur traque ils découvrent trois Allemands retenus prisonniers dans l'actuel grenier du conservatoire de musique. Six résistants sont arrêtés. Ce groupe se compose de deux membres des FFI, Forces Française Intérieures, et de quatre soldats français en uniforme de tirailleurs sénégalais évadés des mains de l'armée allemande.

Le groupe est fait prisonnier et l'un des tirailleurs blessés sera exécuté place de la République, devant le Maire, les adjoints et de nombreux Pisciacais. Fou de rage, l'officier allemand voulut fusiller sur place l'ensemble du conseil municipal pour complicité de terrorisme. Mais le courage, la présence d'esprit et l'habileté de la traductrice, Marguerite Kehren, ont permis d'empêcher un massacre ignoble. 

Par cet héroïsme instinctif, elle entre dans le panthéon de ces braves Français qui ont montré en ces difficiles instants la grandeur retrouvée de notre mère patrie. Elle qui s'est éteint l'an passé à l'âge de 100 ans. La Ville de Poissy honorera la mémoire de cette grande dame dans quelques semaines. Je vous annonce ce matin qu'une rue Pisciacaise portera le nom de Marguerite Kerhen.

Malheureusement, la suite, nous la connaissons tous. Ne pouvant se rendre sur Paris comme ils le souhaitaient, les soldats allemands décident de se débarrasser des cinq résistants et du traitre à la lisière de la forêt. Cinq fusillés, cinq assassinés. Cinq résistants devenus héros de notre libération. Souvenons-nous aujourd'hui de ces hommes qui se sont sacrifiés pour notre liberté. Jean-Louis Lemelle, Georges Constanti, Jean-Claude Mary, Cam Dioppe, Guerand.

Rendons hommages à michel Jeunet. Dans la soirée du 25 août, ce jeune FFI est arrêté en compagnie de trois compagnons. Ils transportent dans leur voiture tout un arsenal pour la résistance. Touché par les balles de l'occupant, Michel jeunet succombe de ses blessures.  

A peine 16 heures plus tard, les chars américains entrent dans Poissy, par l'avenue de Migneaux. A cette heure, plus un seul Allemand ne se trouve dans Poissy. Désertée par l'occupant, la ville redécouvre sa liberté. Enfin libres, purent-ils s'écrier !

Aujourd'hui, nous leur rendons hommage en célébrant le 72e anniversaire de la Libération de Poissy, et ses héros de notre belle cité. Il me vient une pensée pour une personne qui n'a pas pu être parmi nous pour raison de santé. Je veux bien sûr parler de Roland Le Bail, résistant et ancien membre de de la Compagnie Lemelle. Lui  qui s'engage dans la lutte du haut de ses 20 ans en 1944 fut le compagnon de route de son ami Georges Constanti. ensemble, ils intègrent le réseau Ceux de la Résistance. Quelques temps après, les deux hommes rejoignent Louis Lemelle et Jean-Claude Mary. C'est alors que commencent des actions d'envergure sur Poissy et ses environs avec ce groupe de jeunes résistants. Bientôt reconnus sous le nom de compagnie Lemelle. Jeunes et fougueux, ces Pisciacais ont mis leur vie en péril pour l'honneur de la patrie. Dévoués et braves, Roland Le Bail et ses compagnons restent à mes yeux les garants de notre histoire et de la mémoire de notre cité. Je tiens à remercier de sa présence Maurice Bercot, membre de cette compagnie, venu de Normandie pour commémorer avec nous l'action de ses compagnons. 

Je souhaiterais également mettre à l'honneur une femme de tête, une figure de la résistance pisciacaise, Geneviève Brousset. Cette femme dont l'engagement pour autrui s'est exprimé même au-delà de la guerre. Pendant de nombreuses années, elle fut une élue de notre belle cité de Saint-Louis. Mais, avant tout, Geneviève est connue pour sa lutte acharnée contre l'occupant durant cette Seconde guerre mondiale et pour sa forte implication dans la résistance. Parfois le parcours d'une vie exprime davantage que des mots. Celui de Geneviève symbolise autant la force, le courage et l'abnégation que le patriotisme et la bravoure.

Ici, nous devons leur rendre hommage ainsi qu'à ceux tombés pour avoir voulu préserver la grandeur de la France. A jamais, nous vous en serons reconnaissants.

Chères Pisciacaises, chers Pisciacais,

Ce matin, nous étions réunis devant le monument aux Morts du cimetière de la Tournelle afin de rendre hommage aux Pisciacais qui ont donné leur vie à notre patrie. Il y a quelques minutes, je déposais une gerbe au pied de la plaque apposée sur le mur de la halle du Marché, à la mémoire des Pisciacais morts lors de l'horrible bombardement du 18 août 1944. A la fin de cette allocution, j'honorerai également la mémoire des cinq résistants FFI assassinés par les nazis le 21 août 44 par un dépôt de gerbe, en compagnie de Maurice Bercot, dans le hall de la mairie.

Tous ces actes de mémoire, tous ces actes de reconnaissance, au moment même où je vous parle, doivent davantage vibrer dans nos cœur et dans nos esprits à la lumière des actes terroristes de cette année. Ces femmes et ces hommes ont combattu la barbarie nazie pour nous permettre de vivre en paix.

Cette paix que l'on oublie si facilement qu'elle peut être si fragile. Notre République, que nous chérissons tous, ne doit pas être malmenée par le doute, la peur et les dissensions. Comme certains fanatismes tentent de la faire. La France est une et indivisible. Ne l'oublions pas ! Rien ne ressemble plus à un Français qu'un autre Français. Aucune différence ne se voit à l'orée de nos valeurs républicaines. Ce qui nous rassemble en tant que citoyen français reste plus fort que tout ce qui nous différencie. Nos libertés, notre fraternité, notre égalité, notre laïcité. Ce ne sont pas de vains mots.

Après la tuerie de Magnanville et l'attentat horrible de Nice, où la folie d'un homme détruit la vie d'enfants et de parents, le jour même de notre fête nationale, s'en est suivi un lâche assassinat, celui du Père Jacques Hamel, à Saint-Etienne-de-Rouvray par deux djihadistes de 19 ans.

Cette mort donnée avec sang-froid à l'arme blanche nous démontre que le but de tout fanatisme idéologique est simple. Diviser les hommes, diviser la société française. Ne nous trompons pas. Nous devons lutter contre cela. Le terrorisme, comme son nom l'indique, souhaite imposer à la société française la terreur. Nos valeurs républicaines nous protègent depuis des siècles. De la Révolution française à aujourd'hui, l'histoire de France nous prouve, s'il en était besoin, que notre nation a relevé bien des défis et que sa grandeur n'a jamais failli. 

Le président de Gaulle disait lui-même, «La France, c'est tout à la fois». Et en aucun cas nous ne devons, nous politiques, l'opposer. Comme il le formule parfaitement en 1965, je cite : «Prétendre faire la France avec une fraction, c'est une grave erreur, et prétendre représenter la France au nom d'une fraction, cela est une erreur nationale». Nos gouvernants doivent l'entendre de nouveau. 

A Poissy, modestement, mais avec force et détermination, nous nous y employons chaque jour. C'est bien là notre devoir pour assurer le bien vivre ensemble et assurer le devenir de nos générations futures. Nous ne pouvons pas transiger avec les valeurs de la République. Elles sont le bouclier de notre société. La laïcité n'es pas l'ennemi des religions. C'est tout le contraire. Elle est garante de leur place dans notre République. La laïcité a permis à toutes les religions d'être sur un pied d'égalité depuis 1905. Nulle n'est supérieure à l'autre, chacune a sa liberté de culte. Et cela reste possible exclusivement dans un Etat laïc.

Je vous le dis, au lieu de voir nos différences, tentons ensemble de voir ce qui nous unit dans notre chère République. L'avenir de nos enfants nous rappelle à l'ordre. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce qui se trame devant nous. Crions notre amour de liberté, comme Paul Eduard faisait si bien danser les vers : «Et par le pouvoir d'un mot, je recommence ma vie, je suis né pour te connaître, pour te nommer, Liberté».

Là où certains souhaitent contraindre les peuples du monde par leur fanatisme, nous devons affirmer davantage les principes de liberté qui régissent nos sociétés. Etre libre, vivre en paix. Voici également l'héritage transmis par nos héros de la Seconde Guerre mondiale. C'est un lourd héritage que nous devons à notre tour transmettre aux futures générations pour qu'elles puissent comprendre d'où elles viennent.

Je finirai sur un dernier message d'espoir du peintre Marc Chagall : «Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir». 

Vive Poissy, 

Vive la République, 

Vive la France.