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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

Monsieur le Préfet, Cher Philippe Court,

Monsieur le Ministre, Cher David,

Madame la Conseillère régionale,

Monsieur le Conseiller général, Cher Jean-François,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,

Mesdames et Messieurs,

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

Il y a 70 ans, notre chère Ville de Poissy était libérée de l’occupation et de l’oppression allemande. Le samedi 26 août 1944, au petit matin, plus aucun soldat allemand ne se trouvait sur le territoire pisciacais. Même si la guerre n’était pas encore finie, cette libération, cette victoire sur l’occupant, sonnait comme une renaissance, un espoir certain de voir les jours heureux être de nouveau le quotidien de nos compatriotes. Puissions nous mesurer, jour après jour, ce que nous devons à ces grands hommes. Je veux ce matin y revenir. Devant vous, Mesdames, Messieurs, devant vous les enfants, devant vous les anciens combattants à qui nous devons tant et sans qui nous ne serions pas là. La Ville de Poissy est tellement fier de vous. Nous autres élus avons un devoir de mémoire, un devoir de transmission de génération en génération, pour ne jamais laisser filer l’histoire de notre si belle ville. Ces souvenirs sont accrochés en nous. Ils sont la lumière de notre chemin. Le phare de notre existence. Ici et maintenant. Albert Camus disait : Quand une guerre éclate, les gens disent : Ça ne durera pas, c’est trop bête. Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. Ce qui est valable aujourd’hui dans les conflits que nous connaissons l’était évidemment déjà il y a 70 ans.

*** Mais que cette guerre fut éprouvante pour tous les Pisciacais. Nos concitoyens verront l’armée nazie occuper notre ville dès 1940 et ce pour quatre très longues années. En juin 40, de longues files de réfugiés fuyant vers le sud de notre pays, passent par le Pont de Poissy. Le 3 juin 40, notre cité vit son premier bombardement. Il y en aura malheureusement beaucoup d’autres… Le son des sirènes, les alertes, le bruit des bombes, viendront se rajouter à la peur, au rationnement, au froid, à toutes les privations qui seront le quotidien des Pisciacais pendant ces quatre années.

*** La libération de notre cité, tant attendue, fut précédée d’un terrible mois d’août où l’armée allemande, acculée, ne recula devant aucune atrocité. Le 18 août 1944,Poissy connut un bombardement dont le bilan humain sera terrible. Vers 20 heures, un avion allemand fut pris en chasse par deux avions anglais. Afin de pouvoir se sauver, le pilote allemand décida d’alléger son avion en larguant deux bombes qui tombèrent sur le boulevard Devaux et la rue aux Moutons. Trois adultes et Huit enfants périrent. On dénombra aussi une dizaine de blessés. Les jours suivants se succédèrent dans un climat de tension extrême entre les pisciacais traumatisés et l’occupant aux abois.

*** Les journées des 20 et 21 août resteront également dans les mémoires pisciacaises comme deux journées excessivement éprouvantes. Le 20 août commence par le recueillement du Maire et du conseil municipal devant les cercueils des victimes déposés dans le hall de la Mairie. Dans le même temps, un soldat allemand est tué rue Victor Hugo ce qui provoque la fureur du commandement allemand. Le 21 août, se déroulent les obsèques des victimes du bombardement du 18. Les allemands présents en nombre dans la ville découvrent, sur dénonciation, un groupe de six hommes retenant prisonniers trois soldats allemands. Ce groupe est composé de résistants, membres des FFI, Forces Françaises Intérieures, et de quatre soldats français en uniforme de tirailleurs sénégalais évadés des mains de l’armée allemande. Les FFI, armée sans uniforme, seront l’une des forces de notre résistance. Souvent très jeunes, ces résistants donneront leur vie à la défense de notre Patrie, de notre liberté d’aujourd’hui. Le groupe est fait prisonnier et l’un des tirailleurs blessés sera exécuté place de la République devant le Maire, les adjoints et de nombreux Pisciacais.

Vers 17h, ce 21 août 1944, le commandement allemand emmena les trois FFI et les deux tirailleurs ainsi que celui qui les avait dénoncés. La suite est hélas connue de tous les Pisciacais. Stoppés à la lisière de la forêt, ne pouvant se rendre sur Paris comme ils le souhaitaient, les soldats allemands décident de se débarrasser des 5 résistants et du traitre. Cinq lâches assassinats qui ont transformé ces résistants FFI en héros de notre libération. 70 ans ont passé. Souvenons-nous aujourd’hui de ces hommes,de ces héros qui se sont sacrifiés pour notre liberté. Jean-Louis Lemelle Georges Constanti Jean-Claude Mary Cam Diope Gueranda

*** Souvenons-nous aussi de Michel Jeunet. Jeune FFI, il fût arrêté dans la soirée du 25 août en compagnie de trois de ces compagnons. Leur voiture, en provenance de Villennes, transportait des armes. Il n’eut pas la chance de ses compagnons, qui survécurent aux balles tirées par les Allemands. Il mourut le soir même. Les 72 heures qui précédèrent la libération de Poissy furent terribles. La nuit du jeudi 24 août fut particulièrement bruyante. Dès 21 heures, des ordres hurlés se mêlèrent au bruit des convois. Les colonnes allemandes descendaient très rapidement la côte du cimetière et se dirigeaient vers Maisons-Laffitte. Un repli exécuté en bon ordre pour certaines compagnies ; Pour d’autres la débandade commençait. Le 25 août une terrible explosion secoua Poissy. Un important dépôt de munitions situé à la Maladrerie sautait, détruisant plusieurs maisons et le lavoir. Le samedi 26 août, plus aucun soldat allemand ne se trouvait sur notre commune. A 16h, ce 26 août 1944, venant de Villennes, les Chars américains entraient dans Poissy par l’avenue de Migneaux. Une entrée triomphale avec distribution de chocolat aux enfants. Regardez ces images d’époque. Quelle émotion. Certaines familles pisciacaises s’en souviennent encore. Elles étaient présentes. Ces clichés sont le symbole de notre Poissy libre et de l’émotion intacte qu’ils suscitent 70 ans plus tard. Les Américains prirent rapidement position sur les bords de la Seine puis continuèrent leur route vers les communes voisines sous les regards heureux et reconnaissants de nos concitoyens.

*** Comme nous venons de le voir, de nombreux Pisciacais ont donné leur vie pour la libération de notre Ville, de notre pays en rentrant en résistance dès les 1er jours après la capitulation de 1940. D’autres furent les victimes civiles d’un conflit particulièrement meurtrier. En ce jour de commémoration, je souhaite que leurs actes d’héroïsme,leurs sacrifices ne soient pas oubliés. Nous nous sommes recueillis ce matin, au cimetière de la Tournelle, sur la tombe des FFI assassinés dans la nuit du 21 août 44 . En marge de ce défilé, nous nous sommes également inclinés devant la plaque de la halle du marché ; plaque en mémoire des onze victimes du bombardement du 18 août. Nous devons à ces héros et à leurs compagnons fusillés ou survivants de cette résistance, notre liberté d’aujourd’hui. Lemelle, Constanti, Mary, Cam Diope, Gueranda, Jeunet, des noms à jamais encrés dans la mémoire pisciacaise. Mais n’oublions pas nos héros survivants de cette période sombre de notre histoire. En ce jour de souvenir, nous avons la chance et l’honneur d’avoir à nos côtés Roland le Bail, résistant et ancien de la Compagnie Lemelle. Cher Roland, permettez-moi de vous dire l’émotion qui est la notre de vous avoir à nos côtés pour commémorer le 70ème anniversaire de la libération de notre chère Ville de Poissy et honorer le souvenir de vos compagnons, de nos héros. Comme le disait le poète et résistant René Char : « Il n’y a que deux conduites dans la vie: ou on la rêve, ou on l’accomplit. » Cher Roland, merci. Merci d’avoir accompli des actes d’un courage fou. Merci pour votre engagement du 1er jour. Vous aviez 20 ans en 1944. A la fougue de votre jeunesse vous avez privilégié la défense de notre mère Patrie. Au péril de votre jeune vie. Dès la libération de Poissy, vous faites front avec les membres de votre compagnie et d’autres réseaux face à la volonté des troupes allemandes de retraverser Poissy pour fuir par l’ouest. Trois jours de tirs nourris le long des berges de la Seine viendront à bout de nos ennemis. Aucun soldat allemand ne remettra un pied sur le sol pisciacais. Vous vous engagez, le 9 septembre 1944, dans l’armée française pour combattre les Allemands sur les fronts encore actifs. 239 résistants pisciacais font de même ce jour-là en Mairie de Poissy. La Compagnie ainsi formée prendra le nom de Compagnie Lemelle en hommage à Louis Lemelle. Vous combattrez pour la libération totale de notre Patrie en poursuivant les nazis jusque chez eux en passant par les Vosges et les terribles Ardennes. Des Allemands qui n’accepteront l’armistice que le 8 mai 1945 soit neuf mois après la libération de notre commune. Vous avancerez fièrement, courageusement, avec, en tête de votre compagnie, le fanion offert par le Maire de Poissy le 24 septembre 1944 en hommage au courage et à la détermination de votre Compagnie. Fanion toujours présent avec vous, chaque année, lors de nos cérémonies. Merci , Cher Roland, pour vos actes de bravoure, votre dévouement. Nous vous en serons à jamais reconnaissants. Avant d’aller nous recueillir sur la plaque rendant hommage à la Compagnie Lemelle dans le Hall de notre Mairie, souvenons-nous des mots de celui qui sut, dès le 18 juin 1940, redonner l’espoir de la liberté au peuple français. Souvenons-nous des mots du Général de Gaulle le 6 juin 1944 après le débarquement de nos alliés qui préfigurait une libération proche de notre Nation : « La bataille de France a commencé. Il n’y a plus, dans la nation, dans l’Empire, dans les armées, qu’une seule et même volonté, qu’une seule et même espérance. Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes voici que reparaît le soleil de notre grandeur ! ». La grandeur de la France dont parlait le Général de Gaulle hier est la grandeur de Poissy. Il y a 70 ans, comme ce matin, c’est la joie, l’ivresse, qui prévalaient après tant de drames et de combats. Nous n’oublierons jamais nos héros, nos soldats, nos libérateurs. Pisciacais, aimons notre ville, défendons-la et protégeons-la, comme eux l’ont fait jusqu’à leur dernier souffle. Tous ensemble nous sommes les garants de notre histoire. Comme une trace indélébile. Bon anniversaire Poissy ! Nous sommes tellement fiers d’être pisciacais.

Vive Poissy, Vive la République, Vive la France !