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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

Monsieur le Conseiller régional,

Monsieur le Conseiller général, Cher Jean-François,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,

Mesdames et Messieurs,

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

Dernier vétéran français de l’Armée Impériale de Guillaume II, Charles Kuentz s’exprimait ainsi : « Aux Générations futures, je dirais : soyez les messagers de la paix… Soyez les passeurs de la mémoire de la Grande Guerre car cette tragédie ne devra jamais être oubliée. Sinon elle risque de recommencer ! ». 1914-2014 : 100 ans ont passé depuis le début de ce que l’on appelle encore aujourd’hui « la Grande Guerre ». La 1ère guerre mondiale restera dans la mémoire collective comme une guerre longue et particulièrement meurtrière. A tel point que l’humanité voulut y voir la « der des ders ». C’était sans compter sur la folie des hommes… Revenons en 1914… Tout commence le 28 juin avec l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand par un nationaliste serbe. L’Autriche Hongrie déclare de fait la guerre à la Serbie. Le jeu des alliances conduira très vite à un embrasement progressif de toute l’Europe. L’assassinat, le 31 juillet 1914, de Jean Jaurès à Paris signe aussi le ralliement d’une partie de la gauche pacifiste à « l’union sacrée », mouvement d’union des forces politiques de tous bords, contraintes à faire bloc devant la menace d’un conflit armé et à se préparer à la guerre. Le 1er août, la mobilisation générale est décrétée. Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France. La France perdra plus de 1 million et demi de soldats au cours de la Grande guerre et marquera à jamais notre histoire. Le 22 août 1914 restera comme le jour le plus meurtrier de l’histoire de France. Comme l’écrit Jean-Michel Steg dans son livre éponyme, 27 000 Français seront tués ce jour-là. Mais la Grande Guerre c’est aussi de grandes batailles. La 1ère bataille de la Marne, du 6 au 11 septembre 1914, permettra à la France et au Royaume Uni d’arrêter la progression des Allemands. C’est à cette occasion que près de 650 taxis parisiens furent réquisitionnés par le général Gallieni afin d’accélérer le transport des troupes. Des taxis parisiens, devenus pour tous les Français de l’époque, les taxis de la Marne. Le 11 septembre, le général Joffre envoit ce télégramme au gouvernement : « La bataille de la Marne s’achève en une victoire incontestable. » Le conflit s’enlise ensuite dans une guerre de positions. Pour se battre, les hommes se tairent. Pour survivre, les hommes creusent des tranchées. La bataille de Verdun, de février à décembre 1916, sera, n’ayons pas peur des mots, une véritable boucherie. 160 000 soldats français et 143 000 soldats allemands trouveront la mort. 60 millions d’obus seront tirés en 10 mois dans « l’enfer de Verdun ». La bataille de la Somme, de juillet à décembre 1916, sera la plus importante de la guerre et marquera l’offensive francobritannique sur le front allemand de la Somme. Pour la 1ère fois de l’histoire, des chars d’assaut sont utilisés. 16 avril 1917 : la bataille du Chemin des Dames menée par le général Nivelle sera un échec sanglant. Le 15 mai, Nivelle est remplacé par Pétain à la tête de l’armée française. Cette défaite marque les 1ères mutineries dans l’armée française. Des unités complètes refusent de monter au front. Des dizaines de poilus sont fusillés. Au total ce sont plus de 700 soldats français qui seront exécutés pour des faits de mutinerie. La révolution d’octobre 17 en Russie et l’arrivée au pouvoir des Bolcheviques fait perdre à la France son allié oriental. L’Allemagne peut alors concentrer ses forces sur le front ouest. En janvier 18, les choses s’accélèrent. Le président américain Thomas Wilson expose ses buts de guerre et envisage, pour gérer une paix durable en Europe, la création de la Société des Nations. Juillet 1918 : la seconde bataille de la Marne est lancée. Les Allemands cherchent à rompre le front avant l’arrivée des troupes américaines. Les combats qui font rage dans le Nord Est de la France tournent à l’avantage des Alliés dirigés par Foch. L’aide américaine est déterminante. Le 8 août 1918 est un jour de deuil pour l’armée allemande selon le chef d’état-major Erich Linderdorff. L’Empereur allemand Guillaume II abdique le 9 novembre. Les généraux allemands signent l’armistice le 11 novembre à 6 heures du matin dans la clairière de Rethondes en forêt de Compiègne. A 11h les hostilités sont suspendues.

*** Cette guerre aura duré 4 ans. Quatre longues années qui changeront à jamais le visage de la société française. Comme toutes les villes de France, notre chère ville de Poissy entendit sonner le tocsin, le 1er août 1914, signe du début de la guerre. De la Seine jusqu’aux hauteurs de la Ville, sans oublier la forêt de Saint Germain, des ouvrages fortifiés furent construits, dès la fin de l’année 1914, pour renforcer le camp retranché de Paris. Le pont fut miné.

Les soldats creusèrent des tranchées. Une batterie de canons avait été placée aux Grands Champs. D’autres canons seront installés dans la forêt non loin de là où se trouve aujourd’hui le Golf de Bethemont. Poissy eut son baptême du feu en 1915 pendant un raid nocturne effectué par l’armée allemande. Le clairon et les cloches indiquaient le début et la fin des alertes pendant lesquelles les Pisciacais se réfugiaient dans les champignonnières. Notre ville accueillit deux hôpitaux pour les blessés, les brûlés, les gazés. N’oublions pas que la 1ère guerre mondiale fut aussi marquée par l’utilisation par les allemands d’un gaz toxique, le gaz moutarde, dont les effets furent terribles sur nos soldats. Les deux hôpitaux étaient installés dans l’école Saint-Paul rue de Paris, aujourd’hui notre rue du Général de Gaulle, et sur cette place de la République dans l’école qui s’élevait ici même. La vie de la cité s’organisait. Les hommes partis au front, les familles se restructuraient, s’aidaient. Et aidaient aussi les soldats blessés. Une formidable solidarité se mit en place à Poissy. Les travaux ménagers, la garde de nuit, l’aide aux infirmières des hôpitaux étaient assurés par des volontaires. Des ventes étaient aussi organisées pour aider au financement de certains soins, pour aider tout simplement nos soldats, nos héros. Comme je le disais en préambule de mon propos, cette guerre fut particulièrement meurtrière. 1 500 000 morts, 3 600 000 blessés côté français. Poissy, qui comptait alors 8500 habitants, eut à pleurer la perte de 304 de ses habitants. Nous avons honoré leur mémoire, tout à l’heure, lors d’une cérémonie au cimetière de la Tournelle. Souvenons-nous de quelques noms : Pierre et Charles Perret, deux frères morts pour la France à l’aube de leur vie. Ils avaient 27 et 24 ans. L’Abbé René Camus, 26 ans, vicaire de la paroisse de Poissy, mourut des suites des blessures reçues lors de la bataille de la Marne. Très aimé de ses paroissiens, ses obsèques, à Poissy, le 1er octobre 1914 rassemblèrent une foule très émue.

*** 100 ans. 100 ans ont passé depuis le début de cette guerre mais ses cicatrices sont encore présentes dans notre mémoire. Les deux derniers poilus survivants de ces atrocités, Lazare Ponticelli et Louis de Cazenave nous ont quittés à quelques semaines d’intervalle en 2008. Comme le disait Jean Jaurès « l’humanité est maudite si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement » 100 ans ont passé. Mais souvenons-nous Souvenons-nous de ces millions d’hommes partis au front et jamais revenus. Souvenons-nous de ces familles à jamais brisées par la guerre, la perte d’un père, d’un fils, d’un frère, d’un mari. Les lettres des poilus sont des écrits poignants et des témoignages essentiels de ces années terribles. Ecoutons les derniers mots du soldat Charles Guinant. Verdun, Le 18 mars 1916 Ma chérie, Je t’écris pour te dire que je ne reviendrai pas de la guerre. S’il te plaît, ne pleure pas, sois forte. Le dernier assaut m’a coûté mon pied gauche et ma blessure s’est infectée. Les médecins disent qu’il ne me reste que quelques jours à vivre. Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être déjà mort. Je vais te raconter comment j’ai été blessé. Il y a trois jours, nos généraux nous ont ordonné d’attaquer.  Ce fut une boucherie absolument inutile. Au début, nous étions vingt mille. Après avoir passé les barbelés, nous n’étions plus que quinze mille environ. C’est à ce moment-là que je fus touché. Un obus tomba pas très loin de moi et un morceau m’arracha le pied gauche. Je perdis connaissance et je ne me réveillai qu’un jour plus tard, dans une tente d’infirmerie. Plus tard, j’appris que parmi les vingt mille soldats qui étaient partis à l’assaut, seuls cinq mille avaient pu survivre grâce à un repli demandé par le Général Pétain. Dans ta dernière lettre, tu m’as dit que tu étais enceinte depuis ma permission d’il y a deux mois. Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort en héros pour la France. Je t’aime, j’espère qu’on se reverra dans un autre monde, je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m’as fait passer, je t’aimerai toujours. Adieu

*** 100 ans ont passé. Mais rien n’a changé. Si depuis bientôt 70 ans, la France et l’Allemagne vivent en paix, le continent européen comme le reste du monde n’est pas exempt de conflits. A trois heures d’avion de Paris, l’Ukraine est en proie à des troubles dont les répercussions ne seront pas anodines sur l’équilibre européen et mondial. Au proche et moyen-orient les combats font rage dans des pays où la démocratie, les droits de l’homme, ne sortent guère vainqueurs de ces conflits. Comme le disait le Général de Gaulle : « Ce qu’il faut surtout pour la paix, c’est la compréhension des peuples. Les régimes, nous savons ce que c’est : des choses qui passent. Mais les peuples, eux , ne passent pas. » C’est en écoutant ces mots toujours empreints du bon sens qui caractérisait le Général, que nous devons espérer un sursaut des peuples, pour que nos enfants et nos petits enfants n’aient pas à connaître l’horreur de la guerre. Ce sursaut devra se faire contre la guerre qui mine aujourd’hui une partie du monde et qui menace la survie de nos démocraties. Le terrorisme, nommons-le, est à notre époque ce que les guerres de religion étaient au moyen-âge. Mais nous ne sommes plus au moyen-âge. Apprendre à accepter son prochain, être tolérant et vivre en paix avec ses croyances, ses codes, ses cultures tout en respectant ceux des autres, tel devrait être l’adage de tout homme sur cette terre. Mais l’intolérance, l’extrémisme religieux, quel qu’il soit, met aujourd’hui nos vies en danger. Nous nous devons, nous, pays des droits de l’homme, de le combattre. Il y a quelques semaines, je rendais hommage, avec les représentants de l’ensemble des religions, à Hervé Gourdel, lâchement assassiné par des représentants de l’Etat islamique. Assassiné seulement parce qu’il était Français. Nous ne pouvons tolérer ces actes inqualifiables. Qu’il me soit d’ailleurs permis, en ce moment solennel, d’avoir une pensée pour tous nos soldats qui, partout dans le monde, œuvrent à la victoire des armes de la France. Au nom de la liberté, Au nom de la démocratie, Au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, Mes chers amis, En ce jour d’anniversaire si particulier, n’oublions jamais ceux qui ont combattu et donné leur vie à la sauvegarde de notre Patrie. N’oublions jamais les valeurs qui étaient les leurs, qui sont aujourd’hui les nôtres et dont nous pouvons être fiers. Ces valeurs qui doivent nous rassembler pour que demain les ténèbres du terrorisme soient balayées par la lumière de la fraternité. Je terminerai mon propos par ces mots de Georges Clémenceau prononcés le jour de l’armistice, le 11 novembre 1918 : « La France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal »

Vive Poissy, Vive la République , Vive la France !