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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

Monsieur le Conseiller régional,

Monsieur le Conseiller général, Cher Jean-François,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,

Mesdames et Messieurs,

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

« Je ne peux pas oublier la guerre. L’horreur de ces 4 ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque. » 100 ans ont passé depuis le début de la 1ère guerre mondiale. Mais ces mots de Jean Giono, trouvent encore écho dans nos mémoires. 100 ans ont passé mais personne n’a oublié la Grande guerre. Comment l’oublier ? Comment oublier un conflit qui tua plus d’un million et demi de nos soldats ? Comment oublier un conflit qui fit plus de 3 millions de blessés, de brûlés, de gazés ? Comment oublier un conflit qui vit, pour la 1ère fois, l’utilisation d’une arme chimique, le trop célèbre gaz moutarde ? 100 ans ont passé mais les célèbres batailles de cette guerre résonnent encore dans nos mémoires. La bataille de la Marne, la bataille de Verdun, la bataille de la Somme, le Chemin des Dames. Autant de lieux devenus symboles de combat, de sacrifices de nos soldats, de nos « Poilus », de nos héros ! Mais comme à chaque épreuve, le peuple de notre Patrie a su faire face. Nos soldats sont devenus les héros d’une guerre où l’horreur se conjuguait au quotidien. Comme le disait le général de Gaulle : « on ne fait rien de grand sans de grands hommes, et ceux-ci le sont pour l’avoir voulu » Nos « poilus » ont tous été de grands hommes. Qu’ils aient été Français, Nord Africains, tirailleurs sénégalais, Espagnols, et je n’oublierai pas non plus les milliers de travailleurs des comptoirs de France en Chine et des indiens de Pondichéry, ils ont tous combattu à leur manière pour notre Liberté, pour la légitimité de nos valeurs, pour la grandeur de notre Nation. Si nous sommes réunis ici, devant ce monument aux Morts, c’est d’abord pour leur rendre hommage. Rendre hommage à leur jeunesse foudroyée par les obus, anéantie par des mois passés dans le magma des tranchées. Rendre hommage à leur courage, tout simplement. Comme le disait Ernst Jünger dans son recueil « orages d’acier » : « A la guerre, on apprend à fond son métier, mais les leçons se paient cher. » Ces hommes ont tout donné et pour beaucoup laissé leur vie. Leurs écrits sont là pour témoigner de l’horreur de cette guerre. Ecoutons les mots du soldat Gaston Biron. Rescapé de l’enfer de Verdun, il mourut au combat le 11 septembre 1916. Il écrivit cette lettre à sa mère après la bataille de Verdun. Ma chère mère, Par quel miracle suis-je sorti de cet enfer, je me demande encore bien des fois s’il est vrai que je suis encore vivant ; pense donc, nous sommes montés 1200 et nous sommes redescendus 300 ; pourquoi suis-je de ces 300 qui ont eu de la chance de s’en tirer, je n’en sais rien. Pourtant j’aurais dû être tué 100 fois, et à chaque minute, pendant ces huit longs jours, j’ai cru ma dernière heure arrivée. Nous étions tous montés là-haut après avoir fait le sacrifice de notre vie, car nous ne pensions pas qu’il fût possible de se tirer d’une pareille fournaise. Oui, ma chère mère, nous avons beaucoup souffert et personne ne pourra jamais savoir par quelles transes et quelles souffrances horribles nous avons passé. A la souffrance morale de croire à chaque instant la mort nous surprendre viennent s’ajouter les souffrances physiques de longues nuits sans dormir : huit jours sans boire et presque sans manger, huit jours à vivre au milieu d’un charnier humain, couchant au milieu des cadavres, marchant sur nos camarades tombés la veille ; ah ! j’ai bien pensé à vous tous durant ces heures terribles, et ce fut ma plus grande souffrance que l’idée de ne jamais vous revoir. Nous avons tous bien vieilli ma chère mère, et pour beaucoup, les cheveux grisonnants seront la marque éternelle des souffrances endurées ; et je suis de ceux-là. Plus de rires, plus de gaieté au bataillon, nous portons dans notre cœur le deuil de tous nos camarades tombés à Verdun du 5 au 12 mars. Est-ce un bonheur pour moi d’en être réchappé ? Je l’ignore mais si je dois tomber plus tard, il eut été préférable que je reste là-bas. Ton fils qui te chérit et t’embrasse. L’horreur vécue au quotidien par nos soldats, les gaz toxiques, les éclats d’obus qui déchiraient les chairs et défiguraient nos soldats devenus « les gueules cassées », tout cela nombre de Pisciacais l’ont vécu. 304 Pisciacais ne sont pas revenus du front. Certains de ces héros ont des noms qui nous sont familiers. Ayons en ce jour de souvenir une pensée pour les frères Charles et Pierre Perret.

Agés de 24 et 27 ans, ils moururent à une semaine d’intervalle en octobre 14. L’aîné Pierre est sergent au 294ème régiment d’infanterie. Le cadet, Charles, 2ème classe au 368ème régiment d’infanterie. Pierre sera blessé lors des combats sur le front nord-ouest. Blessé au bras droit, il meurt le 14 octobre. Charles tombe sous les balles de l’ennemi le 21 octobre lors des combats de Limey en Meurthe et Moselle. Poissy connaîtra aussi la douleur de perdre son prêtre vicaire. L’abbé René Camus, âgé de 26 ans, s’engagea sur le front belge et dans la Marne en septembre 14. Il avait intégré le 274ème régiment de ligne. Très aimé de ses paroissiens, l’Abbé Camus est également le 1er directeur de l’Association de la Saint Louis. Il partira au front en laissant ces quelques mots : « Je suis parti heureux, prêt au sacrifice, prêt à m’immoler si Dieu le permet. Sachez que si je meurs, je mourrai en prêtre et en Français. » Au lendemain de la bataille de l’Aisne, l’abbé est grièvement blessé le 15 septembre. Il succombe après plusieurs jours de souffrance le 25 septembre à Mayenne. Le 1er octobre 1914 c’est une ville de Poissy en deuil qui suit le cercueil de son prêtre pour des obsèques empreintes d’une grande émotion. Et puis en ce jour de commémoration ayons une pensée particulière pour « l’oublié » de la grande guerre. Albert Pouget, né le 11 novembre 1885, avait été incorporé dans le 240ème régiment d’infanterie. Il est très grièvement blessé par divers éclats d’obus le 26 juin 1916. Son acte de décès porte bien la mention « Mort pour la France » même s’il est décédé après la fin des hostilités. 96 ans plus tard, J’ai tenu à ce que son nom soit marqué sur notre monument aux Morts réparant ainsi une injustice. Albert Pouget a enfin rejoint ses camarades.

*** Jamais une guerre n’aura laissé une empreinte aussi forte dans la mémoire collective. La guerre de 14/18 a également entraîné une profonde transformation de notre société. Le départ, par millions, d’hommes au front a donné aux mères, aux épouses, en un mot aux femmes, une place qu’elles n’avaient pas à cette époque dans notre société. Le 7 août 1914, le Président du Conseil, René Viviani, qui songe à une guerre courte, lance un appel aux femmes françaises, en fait aux paysannes, les seules dont il pense avoir un besoin urgent dans les campagnes désertées par les hommes. Il leur parle alors le langage viril de la mobilisation et de la gloire : « Debout, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie. Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! Il n’y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays. Debout ! A l’action ! A l’œuvre ! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde ». Pendant la 1ère guerre mondiale la contribution des femmes à l’effort de guerre a revêtu des formes multiples : - le courage des femmes d’agriculteurs qui, dans une France encore à dominante rurale et agricole, ont dû assumer à partir de l’été 14 les durs travaux des champs ; - le dévouement des infirmières qui ont soigné les soldats blessés dans les hôpitaux de guerre et les maisons de convalescence ; - la compassion des « marraines de guerre » qui écrivaient et envoyaient des colis aux soldats du front, rendaient visite aux blessés dans les hôpitaux ; - le courage aussi des femmes des villes qui ont dû pallier le manque de main d’œuvre dans de nombreux secteurs d’activités, distribuant le courrier, conduisant les tramways, travaillant plus de 10 heures par jour dans les usines d’armement.

*** Si le 11 novembre 1918, la France vit le bonheur de la victoire, elle pleure surtout ses morts, ses nombreux blessés et se découvre un pays meurtri par 4 années de guerres et de privations. Ceux qui ont la chance de rentrer de ce conflit savourent la joie de se retrouver en famille, en paix, mais portent et porteront toute leur vie les stigmates des horreurs vécues. Ce que les experts nomment aujourd’hui le choc post traumatique est vécu par nos poilus survivants comme un retour très dur à la vie normale. Il suffit d’entendre un poilu raconter son retour à la vie civile pour comprendre : « Je suis allé dans un magasin de nouveautés faire quelques courses avec ma femme. La foule, les lumières, les couleurs des marchandises, tout était un délice des yeux. Un contraste après la misère de nos tranchées. Mais tout d’un coup j’ai senti mes forces m’abandonner. J’ai cessé de parler. Mon regard est devenu fixe et le tremblement de mon corps est revenu. Partout les gens me regardent et cela donne un sentiment terrible. Je sens que je leur fais pitié. Que pensent-ils de moi ? »

*** Comme pour tous les conflits, le devoir de mémoire est important. Pour que les jeunes générations comprennent le sacrifice de nos aînés. Pour que les futures générations mettent en pratique leur sagesse, et apprennent la tolérance et continuent de vivre en paix. 2014 est la 1ère année de la commémoration du centenaire de notre grande guerre. La mission du centenaire, telle qu’elle a été définie, nous permettra de faire revivre nos poilus, de leur rendre hommage pendant 4 ans au travers de cérémonies mais aussi d’expositions. A Poissy comme dans toute la France, le souvenir de cette guerre, de ces héros, sera vivant dans chacun de nous. J’y reviendrai tout à l’heure sur le parvis de l’Hôtel de Ville et en fin de matinée au Château de Villiers. Pour que l’horreur qu’ils ont vécue ne soit pas oubliée. Pour que leur sacrifice n’ait pas été vain. Pour qu’un jour le mot guerre soit banni de nos vies. Comme le disait le général de Gaulle : « Soyons, fermes, purs et fidèles ; au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n’ont pas cédé. »

Vive Poissy, Vive la République, Vive la France !