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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

Monsieur le Ministre, Cher David Douillet,

Madame la Sénatrice, Chère Sophie Primas,

Monsieur le Vice-Président du Conseil départemental, Cher Jean-François Raynal,

Monsieur le Maire de Carrière Sous Poissy, Cher Christophe Delrieu,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,

Mesdames et Messieurs les représentants de la gendarmerie et de la police nationale,

Mesdames et Messieurs les représentants des Pompiers et de la protection civile,

Messieurs les membres des amicales de la Légion Etrangère de Rambouillet et du Val d’oise

Mesdames et Messieurs,

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

Je voudrai aussi saluer la présence de Monsieur Yvan Constanti, neveu de Georges Constanti, l’un des Héros de la Libération de Poissy. « La fureur est la mort, La paix, la vie, La liberté, l’espoir » Ces mots, terribles, d’un soldat anonyme de la seconde guerre mondiale, résument à eux seuls 6 années d’un conflit, où l’Europe, puis le monde, s’embrasa pour une guerre dont les atrocités marqueront à jamais l’humanité. Ce matin, nous étions réunis autour du monument aux Morts du cimetière de la Tournelle pour honorer la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie, leur jeunesse, pour notre liberté. Il y a quelques instants, je déposais une gerbe, au pied de la plaque apposée sur le mur de la Halle du Marché, à la mémoire des Pisciacais morts le 18 août 1944 lors du terrible bombardement que notre ville connût ce jour-là. A la fin de cette allocution, j’honorerai également, en compagnie de Roland le Bail, la mémoire des 5 résistants FFI assassinés par les nazis le 21 août 1944.

*** A Poissy, comme partout en France, la seconde guerre mondiale fut longue, rude, âpre. Les conflits naissent souvent de l’ignorance de l’autre. Du repli sur soi naît la tentation de développer sa propre vérité puis de la rendre peu à peu hégémonique. Le nazisme a créé une réalité que l’on sait: la puissance de la force et de la peur, l’enrôlement et le travail forcé, les camps de concentration et d’extermination... Une réalité qui s’est écroulée au milieu de ruines, dans le fracas des armes. La capitulation de l’Allemagne Nazie, le 8 mai 1945 est gravée dans la mémoire de tous les peuples. Elle signifie la fin d’une immense tragédie et la défaite d’une idéologie barbare. La France, notre beau pays revenait de loin !

*** Après l’humiliation de la capitulation du Maréchal Pétain et la collaboration du régime de Vichy, les Français avaient repris espoir grâce à un homme : le Général de Gaulle dont la droiture, l’amour pour la Patrie, saura transcender tous les obstacles et rendre à notre pays honneur et fierté. Mais tout cela ne se fit pas sans mal, sans sang versé.

*** Depuis la fin de l’année 1942 et le début de l’année 1943, le rapport de force militaire s’est inversé au profit des Alliés. En 1944, les grandes offensives soviétiques à l’Est et le Débarquement en Normandie à l’Ouest scellent la défaite de l’Allemagne. En Asie, si le Japon ne peut plus espérer la victoire, il résistera jusqu’à ce que les États-Unis décident de recourir à l’arme atomique.

*** En France, la résistance s’organise. Les premiers mouvements de Résistance se développent, dans le climat de décomposition de la société française suite à la défaite de juin 1940. Les premiers actes de Résistance sont individuels et isolés. C’est l’agrégation de volontés et d’engagements individuels qui finit par constituer les noyaux des premiers mouvements de la Résistance intérieure. Ils accordent une grande importance à la propagande et publient des journaux clandestins. Mais ils forment également des groupes paramilitaires pour préparer les combats de la Libération. C’est l’action déterminée de Jean Moulin, sur les ordres de de Gaulle, qui permet d’unir mouvements, partis et syndicats dans le Conseil de la Résistance, qui deviendra le Conseil national de la Résistance (CNR) en mai 1943. Les premiers maquis apparaissent dès décembre 1942, de manière indépendante des mouvements de la Résistance. Ils sont composés de réfractaires qui entrent en clandestinité pour échapper à la mobilisation de la main-d’œuvre et ne pas aller travailler en Allemagne. En février 1943, l’instauration du STO, Service du travail obligatoire, leur donne une accélération décisive, principalement dans les massifs montagneux mais aussi dans certaines zones forestières. Début 1944, les maquis voient leurs effectifs diminuer. La répression conjointe de Vichy et des Allemands a été brutale et l’hiver, rigoureux, suscite une forte détérioration des conditions de vie, déjà très difficiles. Et nombre de maquisards ont mal vécu le report du débarquement allié qui avait été espéré pour l’automne 1943. Cependant, à partir d’avril 1944, un nouveau souffle anime les maquis qui se renforcent lorsque l’espoir du Débarquement reprend corps. L’imminence du D-Day lance la grande montée au maquis, le nombre de maquisards décuplant en quelques jours dans un vaste mouvement de mobilisation populaire. Car le grand jour tant attendu, tant espéré arrive… Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, une armada de 4266 navires de transport et 722 navires de guerre s’approche des côtes normandes. Elle s’étale sur un front de 35 kilomètres et transporte pas moins de 130 000 hommes. Britanniques, Américains, ou Canadiens pour la plupart. 10 000 avions la protègent. Le débarquement des troupes alliées est lancé et avec lui commence la libération de notre pays. Mais cette libération s’obtiendra au prix de milliers de jeunes vies arrachées au petit matin sur nos plages normandes. Utah, Gold, Juno, Sword, Omaha Beach, autant de noms, autant de plages, sur lesquelles, aujourd’hui encore, résonne le souvenir de ces jeunes vies fracassées. Fracassées au nom de notre liberté.

*** Mais que de sang versé ! En une seule journée ! Que de vies sacrifiées ! Mais quel espoir redonné, insufflé, à tout un peuple ! Au soir du 6 juin, 135 000 hommes ont déjà réussi à poser le pied sur le sol français. Quelques semaines plus tard, les premières villes françaises étaient libérées. Les Alliés pouvaient alors marcher vers Paris et libérer sur leur passage l’ouest parisien. En cet été 44, Poissy espère. Les informations remontent, les résistants savent que les alliés avancent et que la libération approche à grands pas. Mais la libération de notre cité se fera au prix fort. Le 18 août 1944, Poissy connait un bombardement dont le bilan humain est terrible. Vers 20 heures, un avion allemand est pris en chasse par deux avions anglais. Afin de pouvoir se sauver, le pilote allemand décide d’alléger son avion en larguant deux bombes qui tombent sur le boulevard Devaux et la rue aux Moutons. 3 adultes et 8 enfants périssent. On dénombre aussi une dizaine de blessés. Les jours suivants se succédent dans un climat de tension extrême entre les pisciacais traumatisés et l’occupant aux abois.

 

*** Les journées des 20 et 21 août restent également dans les mémoires pisciacaises comme deux journées excessivement éprouvantes. Le 20 août le Maire et le conseil municipal se recueillent devant les cercueils des victimes déposés dans le hall de la Mairie. Dans le même temps, un soldat allemand est tué rue Victor Hugo ce qui provoque la fureur du commandement allemand. Le 21 août, se déroulent les obsèques des victimes du bombardement du 18 . Les allemands, présents en nombre dans la ville, découvrent, sur dénonciation, un groupe de six hommes retenant prisonniers trois soldats allemands. Ce groupe est composé de résistants, membres des FFI, Forces Françaises Intérieures, et de quatre soldats français en uniforme de tirailleurs sénégalais évadés des mains de l’armée allemande. Les FFI, armée sans uniforme, seront l’une des forces de notre résistance. Souvent très jeunes, ces résistants donneront leur vie à la défense de notre Patrie, de notre liberté d’aujourd’hui. Le groupe est fait prisonnier et l’un des tirailleurs blessés sera exécuté place de la République devant le Maire, les adjoints et de nombreux Pisciacais. Vers 17h, ce 21 août 1944, le commandement allemand emmena les trois FFI et les deux tirailleurs ainsi que celui qui les avait dénoncés. La suite est hélas connue de tous les Pisciacais. Stoppés à la lisière de la forêt, ne pouvant se rendre sur Paris comme ils le souhaitaient, les soldats allemands décident de se débarrasser des 5 résistants et du traitre. 5 lâches assassinats qui ont transformé ces résistants FFI en héros de notre libération. 70 ans ont passé. Souvenons-nous aujourd’hui de ces hommes, de ces héros qui se sont sacrifiés pour notre liberté. Jean-Louis Lemelle Georges Constanti Jean-Claude Mary Cam Diope Gueranda

*** Souvenons-nous aussi de Michel Jeunet . Jeune FFI, il fût arrêté dans la soirée du 25 août en compagnie de trois de ces compagnons. Leur voiture, en provenance de Villennes, transportait des armes. Il n’eut pas la chance de ses compagnons, qui survécurent aux balles tirées par les Allemands. Il mourut le soir même

*** Les 72 heures qui précédèrent la libération de Poissy furent terribles. La nuit du jeudi 24 août fut particulièrement bruyante. Dès 21 heures, des ordres hurlés se mêlèrent au bruit des convois. Les colonnes allemandes descendaient très rapidement la côte du cimetière. Un repli exécuté en bon ordre pour certaines compagnies ; Pour d’autres la débandade commençait. Le 25 août une terrible explosion secoua Poissy. Un important dépôt de munitions situé à la Maladrerie sautait, détruisant plusieurs maisons et le lavoir. Le samedi 26 août, plus aucun soldat allemand ne se trouvait sur notre commune. A 16h, ce 26 août 1944, venant de Villennes, les Chars américains entraient dans Poissy par l’avenue de Migneaux. Les Américains prirent rapidement position sur les bords de la Seine puis continuèrent leur route vers les communes voisines sous les regards heureux et reconnaissants de nos concitoyens. Poissy était enfin libérée ! Chères Pisciacaises, chers Pisciacais, Il y a un an, ici même, je rendais hommage à Marguerite Kheren. Née à Colmar le 17 décembre 1914, Marguerite Kheren habitait Poissy en 1944 et était la responsable de la Croix rouge et parlait parfaitement l’allemand. Par son engagement et son courage, le pire, pour nombre de nos concitoyens présents le 20 août 1944 place de la République, a pu être évité. Courageusement, elle servit d’interprète entre Monsieur Dubru, Maire de Poissy et le commandement allemand. Diplomate, elle sut calmer l’énervement et la fureur de l’officier Nazi, le lieutenant Ellermann qui aurait, sans son intervention, exécuté les membres du Conseil municipal et les Pisciacais présents. Au tout début de cette année, j’ai eu la joie et l’honneur de la rencontrer à l’occasion de son 100ème anniversaire. Je lui ai, à cette occasion, remis la médaille de la Ville. Marguerite Kheren nous a quittés le 29 juin dernier, emportant avec elle un peu de l’histoire de Poissy. Mais son courage, son sang-froid et son patriotisme resteront à jamais gravés dans l’histoire de notre cité et dans nos coeurs. Je souhaitais ce matin qu’ensemble nous lui rendions hommage.

*** Mais n’oublions pas nos héros survivants de cette période sombre de notre histoire. En ce jour de souvenir, nous avons la chance et l’honneur d’avoir à nos côtés Roland le Bail, résistant et ancien de la Compagnie Lemelle. Cher Roland, permettez-moi de vous dire l’émotion qui est la mienne de vous avoir, comme l’an passé, à mes côtés, pour commémorer le 71ème anniversaire de la libération de notre chère Ville de Poissy et honorer le souvenir de vos compagnons, de nos héros. Cher Roland, Merci pour votre engagement du 1er jour. Vous aviez 20 ans en 1944. Au péril de votre vie, vous dédiez la fougue de votre jeunesse à la défense de notre Patrie. Dès la libération de Poissy, vous faites front avec les membres de votre compagnie et d’autres réseaux face à la volonté des troupes allemandes de retraverser Poissy pour fuir par l’ouest. Vous vous engagez, le 9 septembre 1944, dans l’armée française pour combattre les Allemands sur les fronts encore actifs. La Compagnie ainsi formée prendra le nom de Compagnie Lemelle en hommage à Louis Lemelle. Vous combattrez pour la libération totale de notre Patrie en poursuivant les nazis jusque chez eux en passant par les Vosges et les terribles Ardennes. Vous avancerez fièrement, courageusement, avec, en tête de votre compagnie, le fanion offert par le Maire de Poissy le 24 septembre 1944 en hommage au courage et à la détermination de votre Compagnie. Fanion toujours présent avec vous, chaque année, lors de nos cérémonies. Merci , Cher Roland, pour vos actes d’un courage fou. Poissy vous en sera à jamais reconnaissant.

*** Chères Pisciacaises, Chers Pisciacais, Depuis 71 ans, nous avons la chance de vivre dans un pays, dans un continent, où règne la Paix. Une paix fragile, qu’il faut savoir cultiver et entretenir en éradiquant les racines des maux qui pourraient un jour ressurgir. Ou surgir, car l’homme est très inventif quand il s’agit de détruire ses semblables. Dans son discours aux Nations Unies en 1961, John Fitzgerald Kennedy énonça ses mots qui, 54 ans plus tard, sont terriblement toujours d’actualité : « L’humanité devra mettre un terme à la guerre ou la guerre mettra un terme à l’humanité » Si l’Europe vit en Paix, notre continent, nos pays, sont menacés par des guerres qui ne disent pas leur nom et qui mettent notre avenir en grand danger. Le terrorisme qui sévit au proche et moyen orient et qui, très régulièrement, vient également tuer des innocents sur les terres de nos pays, doit être combattu avec la plus extrême des sévérités. Le fanatisme religieux et politique ne passera pas. Nos Nations, fortes des valeurs érigées par les Lumières du 18ème siècle, se doivent d’avoir un discours et des actes, unis et implacables. Nous n’avons pas le choix. Nous n’avons plus le choix. Le devenir de nos sociétés, Le devenir de notre civilisation, en dépend. Le 21 août dernier, un attentat a été déjoué dans le Thalys qui reliait Amsterdam à Paris. Déjoué, grâce au courage et à l’extraordinaire sang-froid de 5 hommes, 4 américains et un britannique. Je voudrais en cet instant rendre hommage aux héros du Thalys. Ces hommes, comme nos héros de 1944, n’ont pas hésité à mettre leur vie en danger pour éviter un véritable carnage. Et sauver de nombreuses vies. Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Chris Norman, Spencer Stone, blessé à la main Et Mark Moogalia, le 1er à avoir tenté de désarmer le terroriste et grièvement blessé par balle . Merci à eux pour leur courage. Nous leur en serons toujours reconnaissants.

*** Mais que dire aussi des conséquences de ces guerres qui entrainent un afflux de migrants venus de Syrie, d’Irak et d’autres pays aux situations humanitaires toutes aussi dramatiques. Sur le fronton du Mémorial de Caen, érigé en souvenir de la seconde guerre mondiale, il est écrit « La douleur m’a brisé, La fraternité m’a relevé, Et de ma blessure a jailli un fleuve de liberté » Dédions ces mots à tous ceux qui, un jour, ont donné leur vie pour notre liberté et à tous ceux qui, aujourd’hui, se battent pour conquérir la leur.

Vive Poissy, Vive la République ! Vive la France !