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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

Monsieur le Ministre, Cher David Douillet,

Madame la Conseillère régionale, chère Sophie Renard,

Madame la Conseillère départementale, Chère Elodie Sornay,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Colonel Stéphane Copperet,

Commandant Philippe Moulec, Commandant du Tenace

Commandant Bernard Albert des Sapeurs-Pompiers,

Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,

Je salue la présence des membres de la police nationale et de la police municipale,

Mesdames et Messieurs,

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

Qu’ils aient été Français, Nord Africains, tirailleurs sénégalais, Espagnols, ils ont tous combattu pour notre Liberté, pour la légitimité de nos valeurs, pour la grandeur de notre Nation.

*** Si nous sommes réunis ici, devant ce monument aux Morts, c’est d’abord pour leur rendre hommage. Rendre hommage à leur jeunesse foudroyée par les obus, anéantie par des mois passés dans le magma des tranchées. Rendre hommage à leur courage, tout simplement. Souvenons-nous….1915. C’était il y a 100 ans, c’était hier. L’année 1915 restera dans l’imaginaire collectif comme l’année de la guerre à tombeau ouvert. Après une année de guerre de mouvement, 1915 marque un tournant avec le début d’une guerre de position, une guerre de tranchées. Incapables de prendre le dessus les uns sur les autres, les belligérants veulent à tout prix conserver leurs positions acquises. Les armes s’enfoncent dans les tranchées creusées dans les sols. S’il y a bien une période où tout a semblé perdu c’est bien pendant l’année 1915. Car le conflit entre dans une phase particulièrement meurtrière, marquée par des offensives aussi terribles qu’inutiles. La guerre est partout : à Londres ou à Paris, sous les bombardements des zeppelins, sur la mer, en Afrique et au Moyen-Orient. Tandis que les Allemands étrillent la Russie et écrasent la Serbie, les Alliés enchaînent les échecs. Le général Joffre conduit la guerre comme il l’entend. Pour les Français, 1915 est bien l’année la plus dramatique de toute la guerre, celle des horizons bouchés. Avec les tranchées, 1915 devient l’année de la boue et du sang. Aux massacres en mouvement de 1914, succède la guerre de position. Il n’y a plus de champ de bataille mais des tranchées séparées par un no man’s land où pousse une nouvelle forme de végétation : le fil barbelé. La tranchée c’est d’abord la mort, omniprésente. Les croix blanches plantées sur une pelouse sont une mise en scène dépassée car la réalité du conflit est toute autre. Les tranchées, pour ceux qui tombent en 1915, c’est souvent la mort sans sépulture. Les tranchées, c’est être pulvérisé par un obus ou être enterré vivant, ou encore, agoniser puis pourrir dans le no man’s land après une offensive avortée. Dans son remarquable livre « 1915 : l’enlisement » l’historien Jean-Yves Le Naour rapporte les propos de poilus rescapés des tranchées : 

« On marche sur les cadavres, on a fait des parapets de cadavres sur lesquels on s’appuie. Je ne ressens aucune impression à la vue de tous ces cadavres. Je les coudoie, je les foule, je les touche sans la moindre impression pénible » Une guerre à tombeau ouvert…. Dans la tranchée, la mort n’est jamais naturelle, elle est normale. Mais la tranchée, c’est aussi la camaraderie, la certitude de vivre un moment compris seulement de ceux qui le partagent. Je vous livre ici l’extrait du carnet de Joseph Laforge, soldat au 222ème régiment d’infanterie. Un passage écrit en 1915. « Ces dures épreuves physiques que nous avons subies prouvent que l’on peut pétrir son corps avec sa volonté, et que ce corps file lentement sur l’ordre. Marcher quand on ne peut plus marcher, dire qu’on va mourir et vouloir fortement vivre, tomber pour ne plus se relever et courir toujours, ne pas dormir, ne pas manger, dormir avec la pluie dans le cou et un ruisseau sous les pieds, être sous le sac comme un cloporte sous une pierre, et emporter sa pierre, puis à la première grande halte oublier tout et tenir le poteau d’arrivée, voilà ce qu’a dit la guerre au corps.Elle n’a pas dit autre chose à l’âme. Elle lui a appris à faire sa tranchée pour la résistance, à vouloir s’élever vers la lumière. »

*** L’horreur vécue au quotidien par nos soldats, les gaz toxiques, les éclats d’obus qui déchiraient les chairs et défiguraient nos soldats devenus « les gueules cassées », tout cela nombre de Pisciacais l’ont vécu. 304 ne sont pas revenus du front. Certains de ces héros ont des noms qui nous sont familiers. Ayons en ce jour de souvenir une pensée particulière pour les frères Charles et Pierre Perret. Agés de 24 et 27 ans, ils moururent à une semaine d’intervalle en octobre 14. L’aîné Pierre est sergent au 294ème régiment d’infanterie. Le cadet, Charles, 2ème classe au 368ème régiment d’infanterie. Pierre sera blessé lors des combats sur le front nord-ouest. Blessé au bras droit, il meurt le 14 octobre. Charles tombera sous les balles de l’ennemi le 21 octobre lors des combats de Limey en Meurthe et Moselle. Poissy connaîtra aussi la douleur de perdre son prêtre vicaire, l’abbé René Camus, âgé de 26 ans qui avait intégré le 274ème régiment de ligne.

*** Si le 11 novembre 1918, la France vit le bonheur de la victoire, elle pleure surtout ses morts, ses nombreux blessés et se découvre un pays meurtri par 4 années de guerres et de privations. Ceux qui ont la chance de rentrer de ce conflit, savourent la joie de se retrouver en famille, en paix, mais certains portent et porteront toute leur vie les stigmates des horreurs vécues. Ces broyés de la guerre gardent la vie, mais c’est pour vivre un nouveau cauchemar. Les regards, y compris parfois, ceux de leur propre famille, se détournent sur le passage de ces hommes jeunes, atrocement défigurés. Ils ont honte de se montrer, ils ne savent où aller. Ils sont sans travail et rien n’a été prévu pour eux. Ni foyer entre deux opérations, la reconstruction du visage pouvant nécessiter plusieurs années, ni pension, car à cette époque, la blessure au visage n’est pas considérée comme une infirmité et n’entraîne donc aucun droit à pension d’invalidité. C’est dans cet abîme de détresse que quelques-uns d’entre eux, refusant le désespoir et la pitié, s’élevèrent au-dessus de leur condition de mutilé pour proclamer leur humanité. Le 21 juin 1921, à l’initiative de deux « grands mutilés», Bienaimé Jourdain et Albert Jugon, une quarantaine de soldats blessés au visage créent l’Union des Blessés de la Face, qu’ils surnomment les « Gueules Cassées « : Ils en confient la présidence au Colonel Yves Picot. Leur devise : « Sourire quand même », Leur arme : la Solidarité. Une solidarité sans faille qui a permis d’assurer à leurs camarades, sans jamais demander la moindre aide à l’Etat, une vie digne des sacrifices qu’ils avaient consentis au nom de notre Mère patrie, au nom de la France.

*** 1914-1918 : 4 longues années que la mission du centenaire, telle qu’elle a été définie, nous permettra de faire revivre, en rendant hommage à l’extraordinaire bravoure de nos poilus. A Poissy comme dans toute la France, le souvenir de cette guerre, de ces héros, sera vivant dans chacun de nous. Comme l’an passé, la tranchée réalisée au Château de Villiers va de nouveau s’animer grâce à deux associations qui nous feront revivre le quotidien de nos soldats. Pour que l’horreur qu’ils ont vécue ne soit pas oubliée. Pour que leur sacrifice n’ait pas été vain. Le 12 novembre 1918, le Maréchal Foch s’adressait ainsi à l’ensemble des soldats Français et alliés : « Officiers, sous-officiers, soldats, après avoir résolument arrêté l’ennemi, vous l’avez, pendant des mois, avec une foi et une énergie inlassables, attaqué sans répit. Soyez fiers ! D’une gloire immortelle, vous avez paré vos drapeaux. La postérité vous garde sa reconnaissance. Vous avez gagné la plus grande bataille de l’histoire, et sauvé la cause la plus sacrée, la liberté du Monde ! » 100 ans après, La France est et sera toujours fière de tous ces soldats, de tous nos « Poilus ». Vive Poissy, Vive la République, Vive la France !