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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

Monsieur le Ministre, Cher David Douillet,

Madame la Conseillère régionale, chère Sophie Renard,

Madame la Conseillère départementale, Chère Elodie Sornay,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Colonel Stéphane Copperet,

Commandant Philippe Moulec, Commandant du Tenace

Commandant Bernard Albert des Sapeurs-Pompiers,

Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux,

Je salue la présence des membres de la police nationale et de la police municipale,

Mesdames et Messieurs,

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

Au total, sur 65 millions d’hommes mobilisés, près de 10 millions périssent, laissant 4 millions de veuves et 8 millions d’orphelins. 21 millions sont blessés par les balles, les obus, les gaz asphyxiants, les combats au corps à corps. Parmi eux, 8 millions demeurent invalides et mutilés. L’histoire se souviendra d’eux sous le nom évocateur des «gueules cassées». Ces broyés de la guerre gardent la vie, mais c’est pour vivre un nouveau cauchemar. Les regards, y compris parfois, ceux de leur propre famille, se détournent sur le passage de ces hommes jeunes, atrocement défigurés. Ils ont honte de se montrer, ils ne savent où aller. Ils sont sans travail et rien n’a été prévu pour eux. Ni foyer entre deux opérations, la reconstruction du visage pouvant nécessiter plusieurs années, ni pension, car à cette époque, la blessure au visage n’est pas considérée comme une infirmité. C’est dans cet abîme de détresse que quelques-uns d’entre eux, refusant le désespoir et la pitié, s’élevèrent au-dessus de leur condition de mutilé pour proclamer leur humanité en créant l’Union des Blessés de la Face qu’ils surnommeront les « Gueules Cassées »

*** 1914-1918 : une guerre, où, pendant 4 longues et terribles années, les soldats englués dans la boue des tranchées vivent, dans la sueur, les larmes et le sang, un cauchemar indicible. Ceux qui ne sont pas terrassés, qui n’ont pas succombé ou disparu, Ceux qui ont la chance de s’en sortir, sont à jamais marqués par tant d’horreur ! Nombreux sont ceux qui témoignent et racontent, afin de perpétuer le souvenir de leur expérience, de leurs camarades tués au combat. Parmi ces témoignages celui d’Henri Barbusse, cofondateur et premier président de l’Association Républicaine des Anciens Combattants. Dans son roman intitulé ‘‘Le Feu’’, pour lequel il obtient le prix Goncourt en 1916, il raconte la violence des combats. ‘‘Pauvres semblables, pauvres inconnus, c’est votre tour de donner ! Une autre fois, ce sera le nôtre. A nous demain, peut être, de sentir les cieux éclater sur nos têtes ou la terre s’ouvrir sous nos pieds, d’être assaillis par l’armée prodigieuse des projectiles, et d’être balayés par des souffles d’ouragan cent mille fois plus forts que l’ouragan’’ En ce jour de commémoration, nous nous devons de faire vivre la mémoire de ce drame, parce que, comme l’a dit le Maréchal Foch, « un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ’’.

*** Ces cérémonies commémoratives sont en effet pour nous l’occasion de rappeler l’honneur et la dignité de tous les soldats. C’est le sens du recueillement qui est le nôtre aujourd’hui en pensant à tous ceux qui donnèrent leur vie pour notre Mère Patrie pendant la Grande Guerre. Mais en ce 11 novembre 2015, nous sommes aussi réunis, comme chaque année, avec la certitude qu’il n’y a pas d’avenir possible qui ne sache tirer les leçons de l’histoire ; Qu’il nous faut apprendre de ce passé qui a vu s’entredéchirer les nations européennes, entraînant avec elles le monde entier dans l’horreur de la guerre. Oui, dans ces temps difficiles qui semblent aujourd’hui alourdir à nouveau l’horizon de l’Europe, ces commémorations du 11 novembre sont plus que jamais l’occasion de nous souvenir et de méditer les leçons de l’histoire. Comme je le disais en ouverture de mon propos, le bilan de la Grande Guerre fut atroce : près de 10 millions de morts, deux fois plus de blessés, quelques 8 millions de mutilés.C’est qu’en 1914, la guerre avait changé d’échelle. Les progrès de l’industrialisation, qui avaient semblé apporter le bonheur aux hommes, se retournaient contre eux. Et tout d’un coup la guerre prenait une figure apocalyptique. Tous nos soldats, partis des villes et des campagnes dans l’enthousiasme de cet été 14, – la fleur au fusil, comme on l’a dit depuis –, se retrouvaient soudain piégés dans la boue des tranchées, sous la pluie des obus, sous les rafales des mitrailleuses, dans les vapeurs asphyxiantes des gaz moutarde. Les témoignages de nos Poilus et des soldats allemands sont édifiants, émouvants, uniques. Du côté allemand, le jeune peintre Otto Dix, engagé volontaire dans l’artillerie aux premières heures du conflit, écrit : « La vermine, les rats, les bombes, les cadavres, le sang, les mortiers, le feu, l’acier : c’est ça, la guerre ? » Et du côté français, le soldat Jean Dumont lui répond, comme en écho : « Dans la nuit, on entendait que les râles des mourants. Et au petit jour, on découvrait les cadavres enchevêtrés, qu’un feu constant ne laissait même pas le temps d’ensevelir dignement. » Oui, cette guerre fut horrible ! Un traumatisme immense, qui fit dire à l’écrivain Maurice Genevoix : « Ce que nous avons fait, c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes ». Alors oui, souvenons-nous et surtout n’oublions jamais. Comment une telle brutalité avait-elle pu se déchaîner dans un continent à l’apogée de sa puissance, à l’apogée de son rayonnement ? Le 1er août, l’Allemagne déclarait la guerre à la Russie et la France décrétait la mobilisation générale. C’est dans ce climat-là que survint la Première Guerre Mondiale. Epreuve terrible, pour ceux qui la vécurent. Epreuve terrible où dans la boue, dans le sang, dans les larmes, tous ceux qui y participaient se forgèrent une conviction profonde. Il fallait que cette guerre fût la dernière, qu’elle fût « la der des ders ».

*** Mais tel ne fut pas le cas. Quatre longues années changeront à jamais le visage de la société française. Comme toutes les villes de France, notre chère ville de Poissy entendit sonner le tocsin, le 1er août 1914, signe du début de la guerre. De la Seine jusqu’aux hauteurs de la Ville, sans oublier la forêt de Saint Germain, des ouvrages fortifiés furent construits, dès la fin de l’année 1914, pour renforcer le camp retranché de Paris. Le pont fut miné. Les soldats creusèrent des tranchées. Une batterie de canons avait été placée aux Grands Champs. D’autres canons seront installés dans la forêt non loin de là où se trouve aujourd’hui le Golf de Bethemont. Poissy eut son baptême du feu en 1915 pendant un raid nocturne effectué par l’armée allemande. Le clairon et les cloches indiquaient le début et la fin des alertes pendant lesquelles les Pisciacais se réfugiaient dans les champignonnières. Notre ville accueillit deux hôpitaux pour les blessés, les brûlés, les gazés. Les deux hôpitaux étaient installés dans l’école Saint-Paul rue de Paris, aujourd’hui notre rue du Général de Gaulle, et sur cette place de la République dans l’école qui s’élevait ici même. La vie de la cité s’organisait Une formidable solidarité se mit en place à Poissy. Les travaux ménagers, la garde de nuit, l’aide aux infirmières des hôpitaux étaient assurés par des volontaires. Des ventes étaient aussi organisées pour aider au financement de certains soins, pour aider tout simplement nos soldats, nos héros. Poissy, qui comptait alors 8500 habitants, eut à pleurer la perte de 304 de ses habitants. Nous avons honoré leur mémoire, tout à l’heure, lors d’une cérémonie au cimetière de la Tournelle. Souvenons-nous de quelques noms : Pierre et Charles Perret, deux frères morts pour la France à l’aube de leur vie. Ils avaient 27 et 24 ans. L’Abbé René Camus, 26 ans, vicaire de la paroisse de Poissy, mourut des suites des blessures reçues lors de la bataille de la Marne.

*** Si depuis bientôt 70 ans, la France et l’Allemagne vivent en paix, le continent européen comme le reste du monde n’est pas exempt de conflits. De conflits armés mais aussi du bruit sourd d’actes terroristes qui viennent frapper au cœur de notre société démocratique, libre et laïque. 2015 restera pour cela une année noire. Qu’il me soit d’ailleurs permis, en ce moment solennel, d’avoir une pensée pour tous nos soldats qui, partout dans le monde, œuvrent à la victoire des armes de la France. Au nom de la liberté, Au nom de la démocratie, Au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes Il est toujours plus difficile de maintenir la paix que de faire la guerre. Comme le disait l’illustre philosophe Spinoza « la paix n’est pas l’absence de guerre. C’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice » Vive Poissy, Vive la République et vive la France !